• Aidons nos enfants à devenir eux-mêmes

    Réussir, qu’est-ce que cela signifie ? On peut avoir réussi socialement et échoué humainement. Et, dans les temps incertains que nous vivons, même la réussite sociale n’est plus garantie. Aujourd’hui, je ne me vois pas dire à mes enfants : « Travaille bien et tu réussiras. » Je ne l’ai d’ailleurs jamais fait.

    Notre système éducatif conforme l’humain aux compétences dont la société a besoin. Il s’agit de les adapter à un « programme », à une « carrière ». Je crois davantage à une pédagogie qui accompagne l’enfant dans la connaissance de lui-même. Notre rôle est de lui dire : « Trouve ta place », sans le pousser dans le sens où nous voudrions qu’il aille. De grandes contestations, telle celle de 1968, correspondent à ce refus d’une éducation ressentie comme n’étant plus en accord avec les aspirations de toute une génération. Aujourd’hui, une autre forme de contestation se fait sentir à travers la multiplication d’écoles alternatives, à l’initiative de parents convaincus que la réforme de la société ne peut se faire sans une réforme de l’enseignement. Il est urgent d’éradiquer ce principe de compétition qui place l’enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s’il n’est pas le meilleur, il va rater sa vie. Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d’une violence qui vise à dominer l’autre, que l’on croit devoir surpasser. Aujourd’hui, on est tout fier lorsqu’un enfant de 5 ans sait manipuler la souris de l’ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d’enfants accèdent à l’abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation. Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits. Prendre connaissance de soi, c’est d’abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d’écouter, de se nourrir, de regarder, c’est ainsi que l’on accède à ses émotions et à ses désirs. Quel dommage que l’intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse. Offrons à nos enfants ce printemps où l’on goûte le monde, où l’on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l’on veut consacrer sa vie. Offrons-leur l’épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons. L’intelligence humaine n’a pas de meilleure école que celle de l’intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant.

    signaturePierre Rabhi

     

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